Michel MUFFAT-JOLY, l’Eternel Monsieur Futsal FFF (1948-2020)

Chef de délégation de l’Équipe de France Futsal, président du District de l’Isère de Football, le Monsieur Futsal de la FFF, s’est éteint le lundi 14 décembre à l’âge de 72 ans. Il laisse derrière lui un grand vide … et l’héritage construit par un homme à part. MadeinFutsal souhaitait lui rendre un modeste hommage.

A Sassenage, ville située au nord-ouest de Grenoble et siège du football isérois, le parcours était connu de tous. Pas besoin d’un parcours fléché au sol pour s’y retrouver. Car tout le monde connait ce chemin. Celui vers la porte bleue. Passé l’entrée du District, le long couloir, un salut aux secrétaires, virage à droite, quart de tour à gauche: face à la porte bleue.

Les murs de ce long couloir, pour la personne qui l’empreinte pour la première fois, en impose de part ses nombreux maillots dédicacés: un maillot de l’Equateur (qui joua un amical face aux bleus au Stade des Alpes le 27 mai 2018), le maillot bleu d’Olivier Giroud, « local de l’étape » originaire de Froges, entre autres. Puis, juste avant la fameuse porte bleue, un maillot dédicacé du Brésil, non pas celui de la CBF (Confédération Brésilienne de Football) mais celui de la CBFS, le « FS » pour « Futebole de Salao« . Bien étrange ce couloir « d’un district de football de l’Isère » avec ce maillot de football en salle… Mais pas n’importe quel couloir. Avant d’ouvrir la petite porte bleue, la petite annotation sous la signature du maillot de Giroud, le champion du Monde sur herbe, annonçait pourtant bien la couleur à celui qui y prêtait le regard: « Pour Michel« . Ce parcours empreinté,  motivé par la passion et l’amitié, excluant tout protocole, c’est celui qui pouvait vous mener vers un grand Monsieur du futsal FFF français.

Ce bureau « du patron » n’est pas au second étage et en dit long sur la personne, laissant la place à ceux des différentes commissions du District pour accomplir leurs missions. Très accessible, tel son illustre occupant. Près des gens « d’en-bas » et caractérisé par la modestie, tel un bureau en rez-de-chaussée au fond d’un couloir (voir la psychologie de l’Espace de Moles et Rohmer, comme reflet de la personnalité)

Passé la porte bleue, un large sourire vous attend et vous accueille. Ce bureau n’est pas qu’un simple bureau. Il transpire le ballon rond. Les ballons ronds. Et surtout de football en salle. Assis devant un large planning au mur sur lequel sont notés « plateau U7 » et « réunion FFF Paris« , le regard porté sur une cartographie monumentale des clubs isérois, le personnage détonne. Accent dauphinois chevillé au corps et bonhommie plus qu’attachante, une entrevue entre « Michel » et le président d’un club de 5ème division de District n’aurait pu être interrompue par quiconque, fusse le président de l’UEFA lui-même. Car la considération de toutes les gens, de toutes les fourmis ouvrières du ballon isérois était au centre de ses préoccupations. Non pas par l’impératif du poste occupé, mais simplement par humanité.

S’offrant à celui qui poussait la porte bleue de ce bureau, des fanions de matchs de l’Equipe de France de futsal – à laquelle il tenait tant-, en apprenait un peu plus sur le personnage. Celui qui présidait à la destinée du football isérois depuis 1992, soit près de 28 ans (réelu en son absence le 6 décembre dernier pour un 8ème mandat), avait un autre grand amour: le futsal. Le président du football isérois tenait un rôle très important dans ce futsal français en construction et fut l’instigateur de ce futsal FFF que l’on connait aujourd’hui, en compagnie d’autres. Tout commença à la fin des années 1990, à une époque où personne n’aurait mis un kopeck à la fédé pour ce sport méconnu, ce sport issu des quartiers, non bankable pour beaucoup.

Le Monsieur (avec un grand M) était incontournable dans le futsal français FFF, un rôle parfois ignoré sur ses propres terres dauphinoises, tellement l’Homme était discret et modeste quant à ses fonctions futsalistiques au niveau national. Président de la commission fédérale de futsal, chef de la délégation de l’Équipe de France, il accompagnait les Bleus depuis leurs débuts en 1997. Pierre Jacky, Cyrille Jehl, Samba Kebe ou Kévin Ramirez pour ne citer qu’eux – il en parlait avec amour, comme de ses propres enfants. Sans parler de ses proches à la Fédé travaillant dans l’ombre médiatique. Le futsal français doit beaucoup à ce président isérois, qui avec d’autres militants, aura développé cette discipline à la FFF, alors que ce n’était pas du tout gagné au départ. « Michel » n’hésitait pas à commenter chacun des fanions de match de « son » Equipe de France, avec une anecdote tantôt drôle, tantôt tragicomique. Ceux qui l’auront bien connu pourront parler d’un fameux France-Libye il y a quelques années …

Il en aura fallu de l’abnégation pour cet homme fidèle à sa mission: celle de développer le futsal FIFA au sein de la FFF. Du courage pour passer le cap d’un match de gala sponsorisé par RTL (sans aucun contrôle semelle de Papin ou Dugarry, il y a prescription aujourd’hui). Pour passer le cap d’une première équipe nationale composée de joueurs issus du foot à 11 jouant face à la Belgique U21, en 1997 toujours… Que de chemin parcouru depuis. Le dauphinois, s’attelant à la tâche depuis 1995, « père » de la Coupe Nationale (fièrement gagnée par un club de son département pour sa seconde éditionUSVO Grenoble), aura apporté son concours pour que le football en salle FFF soit reconnu par le Ministère des Sports (délégation en 1997) et vu comme une « affaire sérieuse et organisable » par la FFF depuis Paris. Si tout n’est pas encore gagné, « Michel » aura ouvert la voie.

Plus de 20 ans après, l’historique président du club de la Buisseratte et ancien du CEA aura réussi son pari: Challenge national d’abord, puis championnat de D1/D2, clubs français (désormais respectés) en Coupe d’Europe, le futsal sport de haut-niveau depuis 2013, un Pôle France Futsal à Lyon et des Equipes nationales – séniors et jeunes – qui ont toutes un avenir radieux. Son émotion contagieuse de la qualification à l’Euro 2018 de la sélection emmenée par Pierre Jacky fut le grand moment du grand Monsieur du futsal français; joie et fierté qu’il n’hésitait pas à partager lors d’une entrevue privilégiée dans son bureau, derrière la porte bleue. Des étoiles dans les yeux, il rêvait d’un jour où l’Equipe de France parviendrait au sommet du futsal mondial. Il se donnait corps et âme pour son futsal français, pour son Equipe de France, pour « ses enfants », devenus au fil du temps sa famille; lui qui avait mis sa vie personnelle au second plan pour vivre pleinement sa mission, pour assouvir sa passion. Il nous a fait gravir cette inespérée première marche. Le futsal français y arrivera, grâce à lui.

Parti le même jour qu’un autre illustre personnage du football français (le regretté Gerard Houillier), « Monsieur Futsal » n’aura pas eu « son » communiqué instantané de condoléances « officiellement officiel », à ses articles dans les médias main-streams ou aux milliers de commentaires sur les réseaux de ceux ne l’appréciant qu’en façade ou ne le connaissant pas réellement, juste pour le buzz et le challenge de l’émotion. « Michel » aura eu le juste retour de l’homme simple et attachant qu’il était, au bord des parquets comme dans la vie: compassion et amour unanimes de sa grande famille: ceux de tous les acteurs du futsal hexagonal, d’Hérouville à Garges, de Toulouse à Toulon, de son staff à la Fédé jusqu’aux témoignages des bénévoles de clubs de son District, ainsi que de tout ceux qui auront partagé un moment avec lui, tous aussi dévastés de ne plus avoir le droit à son sourire ou son humour sarcastique. L’impression de vide, de ne plus pouvoir rencontrer une telle personne à l’avenir. Dur de s’y faire. Michel ne laissait pas indifférent. Ce pouvoir de la simplicité, sans artifice, stratégie ou vice. La sincérité de parler à tous avec la même attention et honnêteté, la simplicité de donner toute sa considération à autrui, qui qu’il soit. Les nombreux messages d’affection et les signes de reconnaissance pudiques et sincères ne trompent pas. Cela ne trompe jamais. Le futsal vient de perdre un immense personnage; une perte dont la mesure sera prise bien plus tard, assurément. L’Histoire des grands Hommes n’est toujours comprise et appréciée que plus tard.

Celui qui fuyait le protocole et « les politiques » aurait sans doute été heureux et fier d’avoir la plus belle des reconnaissances: celle du simple passionné, cheminant vers la porte bleue de son bureau, qui n’aura sans doute jamais remarqué l’étiquette « Président » y étant apposée, ni même eu à l’idée de l’appeler un jour « Président ». C’était d’abord « Mich » ou « Michel », l’ami, le collègue, le confident, le passionné, que l’on s’empressait d’aller voir pour un simple moment de partage. Cet homme, ouvert et humaniste, qui aura marqué de manière indélébile son Isère natale et « son » futsal FFF. Les hommages viendront sans doute: statue devant son District, plaques, Coupe Nationale ou gymnases rebaptisés. Pourquoi pas. Pour que les jeunes générations puissent honorer cet Homme exceptionnel, il faudra néanmoins, pour ceux qui l’ont connu et aimé, désormais s’habituer à prononcer en entier le nom de l’Eternel Monsieur Futsal FFF: Monsieur Michel MUFFAT-JOLY.

Michel MUFFAT-JOLY n’est plus derrière la porte bleue. Il s’est éteint un soir de décembre 2020. Aimé par tous. Un homme honnête et sincère. Il manquera à beaucoup. Il aura laissé derrière lui un héritage immense, après avoir sourit une dernière fois en contemplant ses montagnes iséroises qu’il aimait tant …

MERCI MONSIEUR Michel MUFFAT-JOLY. MERCI Michel.

  •   
  •