Reynaud (sel. Equipe France FFF): « Je n’ai qu’un mot: Ensemble! »

Ce sera Raphaël Reynaud. Le technicien auvergnat de 47 ans, responsable du Pôle France Futsal à Lyon et désormais ex-sélectionneur des U19, prend les rênes de l’Equipe de France FFF A. Le nouveau sélectionneur a bien voulu répondre à quelques questions de MadeinFutsal.

Vous venez d’être nommé à la tête de l’Equipe de France de Futsal FFF A, en lieu et place de Pierre JACKY, qui a annoncé dernièrement son départ. Quel est votre sentiment à l’annonce de votre nomination ?

« J’éprouve le même sentiment que lorsque nous avons gagné la demi-finale contre l’Ukraine au Tournoi international de Porec. Une joie immense qui ne dure qu’une minute, l’essentiel étant de se mettre immédiatement au travail ensuite! »

Dans quel contexte s’est effectué votre nomination?

« Les choses se sont fait dans le calme et la réflexion. Je rends hommage à Pierre Jacky pour l’ensemble de son œuvre, son investissement quotidien pour le futsal. Son départ est à son image, impeccable et droit. »

Quelles sont les attentes de la fédération concernant l’équipe nationale?

« Hubert Fournier (DTN), qui est un vrai passionné de futsal, m’a fixé des objectifs ambitieux sur le moyen terme. Nous devons être présent et performer au prochain championnat d’Europe. »

Comment évaluez-vous jusqu’à présent le bilan de l’Equipe de France et le travail effectué par votre prédécesseur?

Cette équipe a été en progrès constant jusqu’au championnat d’Europe en Slovénie puis a eu du mal a se réinventer lors des dernières échéances. Il faut sans doute apporter du sang neuf et je suis là pour cela.

Quel est votre bilan sportif au Pôle France Futsal et en tant que sélectionneur des U19?

« Pour le Pôle, les critères d’évaluations sont liés aux résultats de l’équipe de France U19 lors des 2 dernières saisons. Nous avons une référence internationale qui est le tournoi de Porec en Croatie qui réunie les meilleures équipes européennes chaque saison. Nous avons échoué 2 fois en finale de ce tournoi. Nous perdons contre l’Espagne qui est la seule nation qui nous pose des problèmes aujourd’hui. Le bilan chiffré est le suivant : 11victoires – 2 nuls et 3 défaites(2 contre l’Espagne). Ma plus grande fierté est de faire partie des meilleures équipes européennes et d’être respecté et craint par tous. Même l’écart avec l’Espagne se réduit. Ces résultats nous les devons aux progrès des clubs dans la formation et au Pôle (ndlr: le Pôle France Futsal à Lyon). Il nous faut transformer l’essai avec les A. « 

Pour ceux qui ne vous connaissent pas (encore), quelle est votre philosophie de jeu et vers quoi devra tendre l’Equipe de France dans les années à venir en terme qualitatif et d’identité de jeu ?

« Mes équipes ne subissent jamais. L’équipe de France sera dans cette philosophie. Offensivement, l’animation doit nous permettre de mettre en situation nos joueurs de 1c1. Nous avons des arguments. « 

Quels sont les objectifs et les résultats que vous souhaitez atteindre avec la sélection nationale dans les prochaines années?

« Nous souhaitons être Champions d’Europe »

Quel serait le calendrier à construire en termes d’amicaux durant la période blanche à venir d’une Equipe de France privée de compétitions officielles? De quelle manière la sélection nationale pourra t-elle progresser et ne « pas perdre le rythme » ?

« Nous allons nous servir de la saison à venir pour poser les bases de notre projet de jeu et pour renouveler ce groupe qui a besoin de fraicheur. Nous jouons la Norvège fin septembre à Paris ».

Sélectionneur de l’Equipe de France U19 depuis plusieurs années, serez-vous dans la continuité en termes d’effectif ou tenterez-vous le pari de l’ouverture de l’Equipe de France A vers de nouveaux profils de joueurs?

« Les cartes sont rabattues. Les critères du haut-niveau seront mon fil conducteur. Anticiper l’avenir en respectant le présent sera mon obsession. « 

Que diriez-vous à tout joueur susceptible, à tort ou à raison, de considérer l’Equipe de France comme d’ores et déjà fermée ?

« L’équipe de France n’est évidement pas fermée et ne le sera jamais. Malgré tout, les spécialistes de ce sport savent que la construction d’un collectif prend du temps. La connaissance de ses coéquipiers est fondamentale pour être performant. Un groupe de 14 joueurs laisse peu de place pour les changements…nous ne sommes pas le rugby !! »

Connu dans votre région pour être proches des clubs, utiliserez-vous les mêmes ingrédients qui vous ont jusqu’à présents réussis, à savoir une réelle supervision de joueurs et une communication directe avec ces mêmes clubs?

« Je vais rapidement prendre contact avec les clubs afin de fixer une première visite. Le premier objectif sera la prise de contact et l’observation puis j’aimerai que l’on évolue dans la co-construction »

Comment et sur quels critères sélectionnerez-vous ceux qui auront l’honneur de porter le maillot bleu?

« Pour faire court, je me baserai sur les critères du haut-niveau : Normes d’entrainement, Niveau de jeu, Hygiène alimentaire, Qualité du sommeil, Le profil des joueurs en fonction du projet de jeu, L’état d’esprit et la complémentarité »

Comment jugez-vous d’ailleurs l’état des championnats de D1 et D2, ainsi que l’écart entre les différents niveaux du championnat français?

« Le Covid est un coup d’arrêt indéniable. Un vrai coup dur pour les clubs. Jusqu’à ce coup d’arrêt, les progrès étaient constants. Il nous faut repartir ensemble de l’avant. « 

Un bon joueur de D2 est-il par exemple susceptible d’être appelé en A?

« Il n’y a pas de règle mais le haut-niveau c’est l’envie et l’exigence de jouer le plus haut possible. »

Quel(s) rôle(s) a(ont) auront jouer les clubs, dans l’atteinte des objectifs fixés pour l’Equipe de France A?

« La meilleure façon d’atteindre un objectif c’est d’aider ses partenaires à atteindre les leurs. On ne fera rien sans l’adhésion des clubs et vice versa. Je souhaite les associer le plus possible. Des propositions seront faites. »

Dans le contexte d’un futsal français qui se construit, le poste de sélectionneur de l’Equipe de France est très scruté, voire sujet à critique. Qu’auriez-vous à dire pour rassurer quant à vos motivations à la tête des A?

« La critique constructive ne me pose pas de problème. J’aime argumenter et me faire convaincre. Notre sport n’a pas toujours été bien traité à la fédération. Il est donc logique que certains soient dans la défiance. Je le comprends. Il nous faut malgré tout faire preuve d’ouverture d’esprit et cela ne pourra qu’évoluer dans le bon sens. »

En quoi l’Equipe de France « new look » version « Raphaël Reynaud » saura t-elle susciter le l’adhésion de tous?

« Je veux surtout expliquer mes orientations afin de susciter l’adhésion. Avec de la patience les résultats feront le reste. »

Que peut-on souhaiter de meilleur, au sélectionneur tout d’abord, mais également à l’homme, dans cette nouvelle aventure passionnante qui s’offre à vous?

« Merci de me souhaiter une aventure humaine réussie. J’ai la chance d’avoir eu en sélection de jeunes la plupart des joueurs que je vais sélectionner. Je vais retrouver des êtres humains formidables. « 

Avez-vous un mot particulier à adresser ?

« Je n’ai qu’un mot: Ensemble »


L’avis de MadeinFutsal: Oui. C’est même sûr: il fallait du changement à la tête de l’équipe de France de Futsal FFF. Non pas qu’il faille absolument dresser le bilan de l’ère Jacky à la tête des Bleus depuis 2004, vu par beaucoup comme « trop long » ou synonyme d’inertie. Il fallait sans doute bien cela par le passé, pourquoi pas: poser les bases de la sélection nationale. Et cela en prenant forcément le temps. Merci Pierre Jacky. Les bases sont désormais là. Une sélection qui aura, quoiqu’on en dise, apportée son lot de satisfaction, avec en point d’orgue une participation slovène en 2018 dont on se souviendra. Mais avec la non-participation à l’Euro 2022, il fallait nécessairement du changement. Elementaire. Le choix de la FFF est somme toute logique. Elle fait désormais confiance en un profil ayant eu des résultats positifs en sélection jeunes ou dans le cadre de l’ambitieux projet du Pôle France Futsal.

Certains regretteront peut-être de ne pas avoir pu entrevoir la nomination de coachs issus de clubs voire même étrangers. Ils fustigeront même parfois une fédération ayant jusqu’à présent été habituée à désigner par le passé ses sélectionneurs futsal de manière, il est vrai, de manière très verticale (Devismes, Doyen…). C’est un fait, mais qu’il faudra à notre sens dépasser.

En effet, le profil de Raphaël Reynaud aura pourtant de quoi susciter l’intérêt (voire satisfaire) ceux qui s’y pencheront un peu plus. Loin des critiques qui pourraient affubler « ceux qui décident seuls depuis Paris », le natif du Puy-en-Velay est en effet reconnu pour être un homme de terrain, prompt à échanger avec tous les clubs et les acteurs des parquets français. Remarqué par ses passages sur l’Equipe TV en tant que consultant, il ne manquera pas de saluer en mars 2021 de nombreux clubs régionaux en pleine crise Covid, comme le signe prémonitoire que « l’ère Reynaud » à la tête des A reviendrait aussi à l’essentiel: ne pas oublier ceux qui font aussi ce futsal du quotidien, les clubs. Le futsal français FFF en a bien besoin: resserrer les rangs pour grandir, ne serait que dans le discours. La nomination de Raphaël Reynaud pourrait donc marquer un tournant en termes de vision. Ancien président de club de futsal, on ne peut qu’espérer que de nouvelles synergies pourront être trouvées entre les clubs et l’équipe de France, avec l’arrivée de nouvelles forces vives, plus de turn-over ou la montée de jeunes pousses en A (Reynaud restera à la tête du Pôle France Futsal). Pour que l’Equipe de France ne donne pas (plus) le sentiment à certains de reposer sur un plafond de verre bien épais.

Il est aussi vrai que l’empilement dans la presse des fonctions passées (CTD, DTR) et diplômes « football » du nouveau sélectionneur -comme pour légitimer ou rassurer sur sa nomination – ne nous intéressent pas, mais alors pas du tout. Les CV à rallonge, ce n’est pas pour nous. Le discours et le côté atypique du profil, formé initialement au basket-ball, ont attiré au contraire toute notre attention. Celle de l’assurance (enfin) d’un nouveau souffle, d’une nouvelle vision, loin des certitudes. Le futsal ne puise t-il pas ses règles du handball, du water-polo … et du basket-ball?

Un regard sur le futsal enfin singulier et original, ouvert sur les futsals pratiqués hors de France, loin des certitudes juste « réchauffées » du chauvinisme footballistique français appliquée sur un parquet. Une vraie passion du futsal dans le discours et des mots, en « off » de l’interview, qui ne trompent pas: humilité, écoute, jeunesse, clubs, futsal, futsal et futsal. Une filiation avec le football, inconsciemment ou non, qui n’aura donc jamais été évoquée. Pour toutes ces raisons, bon vent au nouveau sélectionneur! Impatient de voir la suite.

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