Ukraine, le futsal entre parenthèses

Ukraine, le futsal entre parenthèses

Envahie en partie, l’Ukraine vit la période la plus sombre de sa jeune histoire. Un pays chamboulé et sous le choc. Et un monde du sport – et du futsal en particulier -, à l’arrêt complet dans le pays.

4 février 2022. Ziggo Dome Arena d’Amsterdam. Demi-finale de l’Euro de futsal. L’Ukraine perd sa demi-finale sur le score de 3 à 2. Les ukrainiens pousseront, mais le pion enfilé par Abakshyn à la 34ème n’accouchera d’aucune autre réalisation. L’Ukraine n’ira pas en finale et ne rencontrera pas le Portugal de Zicky. La suite, tout le monde la connait. Durant ce match, déjà placé sous le signe de tensions géopolitiques, personne n’aurait pu spéculer aussi négativement sur l’avenir avec comme résultat l’état actuel du pays. Pas même Cédric Pellissier, alors second arbitre (français) durant la rencontre.

Certes, l’UEFA aura rapidement ouvert un dossier contre l’UAF (la fédération de football ukrainienne) en raison du « comportement des supporters ukrainiens » durant le match, le speaker de la Ziggo Dome demandant « de ne pas chanter de chansons antisportives ». A coup sûr, l’instance du football européen n’ira sans doute pas plus loin en termes de sanctions, vu la situation actuelle de l’Ukraine.

Le 24 Février donc. L’invasion de l’Ukraine, indépendant depuis août 1991, a été déclenchée ce 24 février 2022 et sa capitale, Kiev, est sur le point d’être encerclée. Encore une fois, pas la peine d’en dire plus, les chaines d’information continueront d’en dire plus, justement.

Le championnat immédiatement arrêté

Il en va de soi, toute compétition aura été stoppé et l’état d’urgence décrété dans le pays. Plus aucune compétition sportive. Il y a bien d’autres priorités, et un pays à défendre pour de nombreux ukrainiens.

C’est ainsi que dans la soirée du 23 février, une séance extraordinaire aura décidé d’imposer l’état d’urgence sur le territoire ukrainien, et ce pour 30 jours. Interdiction d’organiser des événements de masse, et aucune compétition sportive dans le pays. Si l’équipe nationale pourra jouer des matchs internationaux à l’étranger, on se demande bien contre qui joueront les jaunes et bleus prochainement, tellement la situation du pays est grave.

Depuis le 23 février, aucune communication et aucune activité sur le site référence du futsal ukrainien (https://futsalua.org).

Des drames et des images

Lorsqu’une guerre éclate, il y a toujours un long et malheureux temps d’adaptation pour les lointains observateurs pour se persuader qu’une guerre à bel et bien éclatée. Ce luxe aux antipodes de la situation de ceux qui sont condamnés à subir immédiatement l’effroi et le choc immédiat d’être confrontés aux bombardements sur place. Pour les lointains observateurs que nous sommes, il y a souvent un déclencheur qui peut rendre encore plus proche la cruelle réalité d’un conflit. Ces déclencheurs qui permettent une plus grande empathie et permettent malheureusement de rendre plus réel l’insoutenable. Ce sont parfois des images, parfois de simples noms de villes évocateurs. Pour beaucoup d’entre nous, un conflit pouvant être appréhendé et suivi au travers du prisme du futsal, faute de mieux. Pour tout fan de futsal justement, ce déclencheur aura pu apparaître ce 2 mars 2022, avec l’invasion de la ville de Kherson.

Source Wikipedia (situation au 13 mars 2022)

La ville de Kherson est située sur la rive droite du Dniepr, à 100 kilomètres de la Mer Noire. Une ville de plus de 200 000 habitants, siège du MFC Proxidim Kherson, qui aura récemment évolué en UEFA Champion’s League et vainqueur du championnat national en 2017, 2018, 2019 ou 2020. Et des visages de futsaleurs que certains auront peut-être déjà croisés sur ou aux abords d’un parquet.

Cette crise ukrainienne vue par le prisme du futsal, ce sont doncaussi ces futsaleurs ukrainiens restés sur place, et notamment de cette ville du sud de l’Ukraine; la première grande métropole du pays envahie.

Le 4 mars 2022, dans le quotidien inews.co, le joueur de champ et international ukrainien de futsal Petro Shoturma, 29 ans, a expliqué la terreur de l’assaut d’un bunker souterrain de Kherson qu’il partage avec ses coéquipiers. « Notre situation est très mauvaise dans notre ville avec beaucoup de civils tués et tués« , disait-il. «Nous sommes tous assis dans des bunkers et ne sortons au magasin que si possible. Les rues sont dans le chaos et il n’y a pas assez d’eau et tout le nécessaire pour les enfants ». Un couvre-feu imposé leur aura en effet refusé la possibilité de s’aventurer dehors assez longtemps pour aider les blessés et retrouver les disparus. Shoturma explique, toujours sur inews.co, « que lui et ses coéquipiers restent en contact via WhatsApp dans le but de tenir le coup, espérant qu’un jour le couvre-feu s’assouplira, que la guerre cessera et que la vie normale pourra revenir ».

Shoturma à l’Euro 2022, face au Kazakhstan (source Uefa)

La crise ukrainienne, ce sera également des joueurs de futsal étrangers qui tenteront de fuir les combats et notamment étrangers, dont des brésiliens. Une situation qui préoccupe tout le Brésil, et une information relayée dans la plupart des journaux du pays. Le trio formé par Cláudio Garcia, Everton Florêncio et Daniel da Rosa et évoluant au MFC Proxedim Kherson se réfugiaient il y a encore une semaine dans un appartement de la ville, incapables de pouvoir la quitter à cause des bombardements, et appelant le Brésil à l’aide pour sortir du pays.

La ville d’Ivano-Frankivsk, siège du club d’Uragan, dernier participant à la Ligue des Champions. Le Nika Dnipro, HIT Kyiv, Energia Lviv, Tytan Prokovske. Autant de clubs de futsal synonymes de villes bombardées ou vivant dans la crainte, déjà ou pas encore envahies; des clubs dont les points au classement n’évoluent plus dans un championnat à l’arrêt. Des familles décimées et des supporters absents. Des enfants exilés et plus de sourires dans les gymnases. Des bruits de pas d’innocents qui fuient et des contrôles-semelles que l’on entend plus. Tout un pays est bouleversé et tout un futsal bleu et jaune est logiquement entre parenthèses. Mais c’est au travers du prisme de notre sport, via cet article, que nous est modestement donnée l’occasion de ne pas oublier l’Ukraine en général, ses futsaleurs en particulier, ainsi que tous ceux qui souffrent dans le monde. Vive la paix. Vive la vie.

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