Cacher ses cheveux: est-ce « futsal-compatible »? Une affaire de couvre-chef

Quel titre étrange n’est-ce pas ? Cacher ses pieds ou mettre un débardeur aurait pu tout aussi bien être un sujet. A MadeinFutsal, ce sera les cheveux. Nous sommes loin d’être des experts en chevelure, mais rapporter la question au futsal mérite, pourquoi pas, le détour. Et puis, après la très longue période de confinement (mal) vécue par certains – couplée à la condamnation de nos chers salons de coiffure à 10 euros la coupe– a mis pour beaucoup la question capillaire au centre des préoccupations. Pour certains, dont nous-même, une véritable fixette mentale, au vu de nos allures impressionnantes et du désastre suite à 55 jours de confinement.

Après le confinement, la question capillaire au centre des interrogations (meilleurcoiffeur.com)

Le sujet capillaire est un sujet vital dans notre société

Une fois le contexte mis en place, il faut bien aussi dire que le sujet des cheveux intrigue dans notre société, voir en énerve certains, mais pas de partout. Une récente veille de presse réalisée en tapant « cheveux + football + futsal » nous a laissé bouche-bée et fait friser nos cheveux, justement. Si très peu de gens, et notamment dans les instances, ne s’est jamais offusqué de la coupe-mulet d’un certain joueur actuel français du Bayern ou d’un duo Waddle-Vairelles, c’est la question de ne pas vouloir montrer ses cheveux en jouant au futsal qui nous a interrogé.

D’où la question : cacher ses cheveux est-il futsal-compatible?

Liberté or not Liberté, that is the question …

En réalité, MadeinFutsal ne s’était même jamais pas posé la question jusqu’à aujourdhui, tellement le concept de liberté tombait sous le sens. La liberté, selon le Larousse, est la « possibilité d’agir selon ses propres choix, sans avoir à en référer à une autorité quelconque », mais encore la « Possibilité d’agir selon ses propres choix, sans avoir à en référer à une autorité quelconque»(1)

Cet article sous le titre « cacher les cheveux » est bien volontaire et veut bien dire ce qu’il veut dire. Chacun pourra associer ce qu’il veut au fait de cacher ses cheveux, selon sa sensibilité, son ouverture d’esprit ou ses limites intellectuelles, comme bon lui plaira. Une vision anodine voire une non-question pour certains. Un relent de peur, de xénophobie et d’hypocrisie pour d’autres, avec une petite teinte de géopolitique de pacotille à la mords-moi-le-noeud.

Cacher ses cheveux, c’est juste… cacher ses cheveux

Pour MadeinFutsal, on restera bien sur le seul fait de se cacher les cheveux en jouant au futsal. Juste l’acte de se cacher de simples cheveux, sans aucune autre considération subjective que nous ne maîtriserions pas du tout.

Pour la FIFA et l’AMF, y’a rien à redire, circulez !

Cette possibilité d’agir selon ses propres choix n’est malheureusement pas identique partout dans le monde. A l’étranger, cela ne semble plus être une question : ni pour l’Association Mondiale de Futsal-AMF (dont dépend l’Association Française de Futsal), ni pour la FIFA basée en Suisse.

En 2014, le secrétaire général de la FIFA de l’époque alla jusqu’à déclarer en conférence de presse : « Une expérience a été menée et la décision restait à prendre. Cela a été confirmé: les joueuses peuvent avoir la tête couverte pour jouer » ou « Nous ne pouvons faire de discrimination. Ce qui s’applique aux femmes peut s’appliquer aux hommes. Les hommes peuvent aussi porter dans les différentes compétitions un couvre-chef ». (source Le Monde, article du 1er mars 2014).(2)

Encore heureux que cela s’applique aux hommes, c’est pas Thomas Price qui dira le contraire. Un monde et des souvenirs d’enfance seraient bafoués. Ouf…

Enlèves ta casquette Thomas, on a toujours voulu voir ta touffe

Le couvre-chef au coeur des débats

Le terme « couvre-chef« . Le voici. Le mot pour n’offusquer personne et correspondre à toutes les « soient-distantes » situations. Quand bien même. Toujours selon la FIFA et son International Football Association Board (Ifab), organes garants des lois du jeu, il devra être « collé à la tête, être en accord avec la tenue du joueur, ne pas être rattaché à son maillot, ne pas constituer un danger pour celui qui le porte ou pour autrui, et ne doit avoir aucune partie qui dépasse ».

Cela est tellement logique et clair, qu’il n’y a rien a rajouter. Validation ultime du couvre-chef par la FIFA, qui est inscrit dans ses lois du jeu futsal (Loi n°4 sur les équipements des joueurs).

Loi n°4 sur les équipements des joueurs (FIFA)

Il faut dire que la FIFA est en total accord avec ses statuts, son édition de juin 2019 précisant dans ses articles 3 et 4 son respect des « droits de l’homme » et de la « non-discrimination, de l’égalité et neutralité ».

Droits de l’homme, non-discrimination, égalité, neutralité

Il y a le monde, l’Europe … puis il y a nous.

En France, la situation est toute autre. Au niveau des instances nationales, des ligues et des districts, sons de cloche à l’inverse des lois du jeu FIFA : très régulièrement, elles invoquent la circulaire 4 de la FFF du 2 juillet 2014. Sauf erreur de notre part, le contenu de cette circulaire d’exception ne figure pas dans les règlements du football diversifié (3) (le futsal donc), ni dans celles des compétitions féminines de D1/D2 (et son article 20 sur les équipements) (4).

Dans son article 2 du Statut du Football Diversifié (5), il est pourtant indiqué que « (…) les lois du jeu de l’International Board s’appliquent au Football Loisir et au Football d’Entreprise et celles de la F.I.F.A. spécifiques au Futsal s’appliquent au Futsal, sauf dispositions particulières figurant au présent Statut ou aux Règlements Généraux de la Fédération ».

La circulaire 4 de la FFF du 2 juillet 2014 est-elle donc une disposition particulière? Toujours en est-il que cette circulaire affirme que « Le port de boucles d’oreilles, de piercings même strappés, d’un couvre-chef, sont strictement interdits ».

C’est à dire qu’en cas de non-respect de ces règles, l’équipe aura tout simplement match perdu par forfait. Dans certains districts même, au troisième forfait, l’équipe sera exclue des compétitions organisées.

Idem en ce qui concerne « la participation des sélections nationales françaises dans des compétitions internationales d’une part, ainsi que l’organisation des compétitions nationales d’autre part« , il est rappelé le « souci de respecter les principes constitutionnels et législatifs de laïcité qui prévalent dans notre pays et qui figurent dans ses statuts« . (6)

Parle t-on du terme neutre et simple de couvre-chef ou d’une considération autre de ce que peut être le fait de couvrir ou ne pas couvrir des cheveux ? Chacun jugera.

Vu sur le site d’un district (consulté le 20/06/20): « jouer pour s’amuser, s’amuser en jouant » mais sans « couvre-chef« , pour « respecter les lois de la république« . Voir à ce propos la loi de décembre 1905.

De très nombreux cas dans les médias ont été rapportés ces dernières années à propos de licenciées qui ont été exclues à cause d’un couvre-chef. Juste une question de cheveux ? Rien sur les coupes-mulets dont personne ne s’offusque ? Alors que la FIFA s’est exprimée, nous nous interrogeons juste. Sans velléité. Juste une interrogation d’amoureux du futsal.

MadeinFutsal ne lancera aucune polémique. Les textes existent et chacun pourra avoir son avis, ou pas. Pas de casquettes en France, c’est mort de chez mort. Thomas Price ne pourrait donc pas jouer au pays des lumières, c’est bien ça ?

A l’heure de la structuration et du développement du futsal féminin en France (et de son équipe nationale)on parle aussi de création d’une D1 féminine de futsal-, tout amoureux du futsal pourra se poser l’unique question qui pourra lui venir à l’esprit : quelle est aujourd’hui l’une des meilleure équipe de futsal féminine dans le monde ?

Les oeillières ne serviront à rien. Force est de constater dans ce cas précis qu’un couvre-chef n’est pas antinomique avec titre continental et succès sur un parquet de futsal. Personne n’y prête même attention, sauf chez nous.

Lorsque l’une des meilleures équipes du monde voudra jouer un match amical, dans notre pays, face à notre future équipe nationale féminine de futsal, la circulaire 4 nous sera t-elle bien utile?! La brandira t-on (la circulaire), au risque de perdre toute crédibilité et toute possibilité de progresser face aux meilleures joueuses de la planète?

En 2018, Les iraniennes gagnent le Japon 5 à 2 et remportent la Coupe d’Asie de Futsal à Bangkok

Qui aurait pu atteindre le célèbre Lev Yachin, meilleur gardien de foot de tout les temps ? Qu’aurait-il dit, lui, le meilleur gardien du monde, sans son couvre-chef ?

Alors, compatible ou pas le couvre-chef? Manquerait plus que la natation s’y mette aussi…

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