Pas d’indemnité de préformation au futsal: le football, un et indivisible?

Ben Yedder et les jeunes de Garges (source: Ville de Garges)

L’année 2019 semblait enfin être l’année décisive pour le futsal français FFF, celle de tous les possibles, annonçant de futurs jours heureux. Les clubs de futsal enfin reconnus comme formateurs! Extraordinaire avancée. Mais (car il y a toujours un « mais ») la suite fut beaucoup moins enthousiasmante. Décryptage.

Le fameux cas Ben Yedder. Il n’est plus nécessaire de présenter le talentueux Wissam, qui fait actuellement les beaux jours de l’AS Monaco en foot à 11. Passé par le Toulouse FC, le FC Séville (entre autres) et formé à Garges Djibson, Wissam Ben Yedder évoluera en D1 Futsal ainsi qu’en Equipe de France Futsal, avant de découvrir les Bleus, mais cette fois-ci sur gazon. Total respect pour la trajectoire du gamin de Sarcelles devenu Prince de Bel-Air du Rocher… et du rectangle vert. Amplement mérité.

Un même traitement pour les clubs de football et de futsal…

C’est par une décision du 14 février 2019 que le Tribunal Administratif de Paris reconnu que la qualité de club formateur pouvait être admise pour un club de futsal, celle-ci ouvrant droit à une indemnité visée à l’article 56 des règlements généraux de la Fédération Française de Football (FFF). (TA Paris, 14 février 2019, n°1705137/6-3, ASC de Garges et Djibson Futsal).

Le joueur Wissam Ben Yedder avait en effet une licence dans le club de Garges Djibson (D1) entre 2007 et 2010, lui qui signa au Toulouse FC en 2010, avant de partir en Andalousie en 2016.

Le club de Garges Djibson n’avait eu cesse de transmettre des courriers à la FFF, dès 2011 puis en 2013, pour demander à l’instance du football français d’être reconnu comme club formateur concernant ce cas précis. En vertu de l’article 56 des Règlements Généraux de la FFF, le club gargeois demandait logiquement le même « traitement » que les clubs de foot à 11 en pouvant prétendre à des indemnités de formation, le futsal faisant partie (pour la FFF) de la grande famille du football, une famille « une et indivisible ». Question surtout d’une stricte application des textes, pour plus d’égalité, tout simplement.

Fabuleux! Les clubs de futsal enfin reconnus comme club formateur mais …

Pas de réponses de la FFF aux multiples courriers envoyés par le club, et rejet implicite donc. Sans refaire toute l’affaire, celle-ci ayant été jugée, toujours est-il que l’année 2019 a sonné la reconnaissance pour tout club de futsal de son statut potentiel de club formateur.

« Il résulte de la combinaison des dispositions citées aux points 4 et 5 que la Fédération française de football ne pouvait, sans commettre d’erreur de droit, considérer que la qualité de « club formateur » permettant de bénéficier de l’indemnité de formation prévue à l’article 56 des règlements généraux de la Fédération française de football ne pouvait être appliquée aux clubs de futsal dont les joueurs concernés ont été licenciés, sans que puisse être opposée à l’association requérante les règlements de la Fédération internationale de football association (FIFA) ». (jugement du 14 février 2019, le Tribunal Administratif de Paris).

Cet article 56 des Règlements Généraux de la FFF, que nous avons pu nous procurer dans différentes versions avant 2019, stipule que:

 » lorsqu’un joueur de moins de 23 ans issu d’un club amateur signe un premier contrat professionnel, élite ou stagiaire, il y a lieu à paiement d’une indemnité de préformation (…) le ou les clubs formateurs sont les clubs amateurs auxquels le joueur a appartenu pendant les quatre saisons, au maximum, précédent son départ pour le club professionnel, en excluant toutefois les catégories de licenciés U6 à U11, du joueur concerné(…) »

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L’article 56 dans sa mouture 2010-2011
L’article 56 dans sa mouture 2017-2018

… mais en fait pas totalement: pas pour les catégories de U10 à U13, comme au football.

Si le cas Ben Yedder et l’action menée par le club de Garges aura été de bénéfique pour tout le futsal français (et sur la catégorie d’âge à priori spécifique du joueur lorsqu’il était à Garges), tout n’est pas aussi « rose » et magnifique qu’il n’y parait. Les Règlements Généraux de la FFF, suite à l’Assemblée Fédérale du 08.12.2018, ont évolué dans le mauvais sens et posèrent clairement la question de la considération du futsal et des clubs de futsal dans leur rôle d’acteurs de la préformation des jeunes, à en juger l’ajout, dans l’article 56, et dès 2018-2019, d’un point n°4 stipulant que :

« Les dispositions du présent article ne s’appliquent pas aux joueurs qui ont été licenciés en Futsal dans les catégories U10, U11, U12 et U13. »

L’article 56 dans sa mouture 2018-2019

Dès la saison 2018-2019 donc, les Règlements Généraux de la FFF stipulent que pour un club de football en herbe, il y a lieu d’indemnité de préformation pour les joueurs de moins de 23 ans issu d’un club amateur dans les catégories de U10 à U13. Oui, mais cette fois-ci, pas en futsal. C’est écrit noir sur blanc: pas de droits d’indemnités de préformation pour tout licencié futsal.

Une différence de traitement ni éthique, ni égale, mais clairement injuste

Alors, toujours un et indivisible le football? Pourquoi une telle différence de traitement ? Le futsal étant considéré comme du football diversifié, et donc comme du football, a clairement un statut à part.

Les indemnités de préformation en 2019-2020 (source:https://bit.ly/39fYgfp)

Comment un club de futsal amateur ne pourrait-il pas avoir le droit à plusieurs milliers d’euros d’indemnités de préformation alors qu’un club en herbe le pourrait ? Les clubs de futsal sont parmi les plus pauvres au sein du football FFF, ce n’est un mystère pour personne. Des clubs historiquement populaires et qui ont peine à se structurer, faute de soutien. Nombreux sont pourtant les exemples de jeunes formés au futsal qui deviendront ensuite de talentueux footballeurs professionnels.

Cette complémentarité football/futsal dans la préformation, vantée à tort et à travers dans les médias ou lors de pompeux séminaires de formation, n’aurait au final aucune retombée pour le développement des clubs de futsal spécifiques, et n’est pas reconnue dans les faits, puisque le futsal n’étant pas considéré de facto comme « préformateur ». Triste considération. Triste ambition pour « ce sport en devenir ».

Pour prétendre aux indemnités de préformation, l’unique solution n’est-elle pas qu’un club de futsal spécifique devienne une section futsal d’un club de football, qui pourra bénéficier quant à lui du droit à la préformation avec des jeunes potentiellement en double-licence?

Est-ce le but non-avoué mais non-dissimulée d’une telle injustice ? Les amoureux du futsal, les clubs –notamment spécifiques futsal-, ainsi que nous-mêmes, sommes en droit de poser clairement la question. Cet article 56 devra forcément être revu, au risque de laisser perdurer dans le temps ce sentiment étrange qu’un club spécifique de futsal vaut bien moins qu’un autre type de club… ce sentiment révoltant que le futsal n’est même pas un vrai sport.

Ne donner qu’aux “plus riches » et non pas aux plus petits » heurtera sans doute les clubs de futsal amateurs qui liront ce modeste article. Le « gros club à 11 avec sa section futsal » aurait « ses » indemnités mais pas le « petit club spécifique en milieu rural »? C’est cela le projet ?

Cela n’est à la limite pas qu’une question de petits-sous, préoccupations sans doute très éloignées du quotidien actuel de bon nombre d’éducateurs de futsal, au contraire de ces trop nombreux pseudos-agents et recruteurs véreux qui s’amassent indignement autour des rectangles verts venus observer de la « jeune chair fraiche », synonyme de futurs royalties, avec la bénédiction de certains éducateurs de football .

Il s’agit plutôt de considération, des sacrifices et de la passion que déploient chaque semaine les bénévoles pour former les jeunes futsaleurs de demain. Ne pas reconnaître d’indemnité de préformation comme pour leurs collègues du foot à 11 revient à les déclasser, à les mépriser, à annihiler tous leurs efforts. C’est ne pas reconnaître le présent pour exclure tout futur.

Cela revient fatalement à dire que le futsal ne serait pas du football et au final pas tellement plus considéré que cela. Un comble lorsque c’est le contraire qui est affirmé officiellement par les instances du football français, que l’on soit d’accord ou pas.

Cette exemple de la préformation n’est que le triste aveu que le football ne serait pas, quoiqu’on en dise, une grande famille, une et indivisible…

D’autres exemples vont dans le sens d’un manque de vision pour le futsal, et pourraient montrer que ce futsal français, à défaut d’innover dans son organisation mais qui a pourtant fait des progrès, calque souvent des règlements inadaptés venus du football dans le « moins pire des cas », ou comme nous l’avons vu pour la préformation, est complètement ignoré.

Le futsal ne méritera pas de passe-droits, mais devra être considéré mieux que comme du « football diversifié »: ce gros « fourre tout hybride qu’on manie à la va-vite avec lequel on bricole », à la fois ni « vrai football » ni « vraie discipline ».

Derrière les bons résultats de façade et les projets très médiatisés mis en place ces dernières années, il faudra nécessairement mieux qu’un futsal vu par beaucoup, depuis l’extérieur, comme pas tellement pris au sérieux. La France le mérite.

L’avenir le dira… ou pas.

Sources:

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