Foot,futsal: petit (et modeste) guide pour un mariage réussi … ou à éviter

Dans la sphère du futsal FFF, un sujet est plus que jamais dans l’ère du temps: celui du « rapprochement » entre clubs de futsal spécifiques et clubs de football. Bonne solution, obsession pour certains, parfois sujet de migraine, un non-sujet pour d’autres, la question vaut légitimement le détour, enflammant parfois les réunions et autres AG de clubs de futsal spécifiques. Loin d’être d’ailleurs une obligation ou une « fatalité » pour nombre de clubs, encore faudra t-il, pour ceux intéressés, envisager la question de manière sereine et de manière stratégique.

C’est bien connu: au début, « tout le monde il est beau, tout le monde il est joli« . Mais sous quel « régime » se marier? Quel type de rapprochement envisager ? Sans vouloir être exhaustif et être parole de vérité, MadeinFutsal livre quelques pistes de réflexion qui pourront servir de modeste guide, de sorte que le mariage soit bien réfléchi, ne soit pas douloureux des années plus tard, ni être un sujet de frustration vécu comme une spoliation.

Pourquoi un rapprochement entres clubs de football et de futsal ?

Mais quelle mouche a piqué tous ces clubs spécifiques futsal voulant nécessairement s’unir avec des clubs de football? Quel est l’intérêt d’un président de club de futsal spécifique (souvent historique) de vouloir se rapprocher d’un club à 11, évoluant parfois en 45ème division de district ? Quel intérêt pour un club de foot à 11 de l’élite d’avoir sa section futsal, ou de se rapprocher d’un club spécifique existant?

Nous pourrions débattre des heures sur l’altruisme, le désintéressement ou la recherche de l’intérêt, justement. Cet intérêt qu’Adam Smith, professeur écossais de philosophie morale, associait à l’égoïsme, moteur de la satisfaction de d’un intérêt pouvant aboutir (ou donner l’illusion) de l’intérêt général (Recherche sur les causes et la nature de la richesse des nations«  – 1776). Dit de manière simple, faudra pas se leurrer, derrière tout projet de rapprochement enrobé des grands mots de « développement du futsal », l’objectif est que chacun y trouve un intérêt concret. On arrête la philo et les rêves d’enfants.

De la part des clubs spécifiques, une tentation qui peut se comprendre

De nombreuses raisons peuvent expliquer le choix d’un président de club de futsal spécifique de vouloir un rapprochement avec un club à 11. Pour les plus « petits » clubs: structuration bancale, association souvent tenue par une seule personne ou un groupe de bénévoles restreint, manque criant de moyens, lassitude. Sans oublier le manque de reconnaissance des collectivités, ne voyant le futsal que comme un moyen de calmer les ardeurs de jeunes désœuvrés qui seraient ainsi mieux canalisés, ultime solution pour parer à l’échec de leur politique de la ville. Une vision paternaliste et condescendante d’un « sous-sport » souvent considéré comme « outil social », et des collectivités plus tellement en phase avec les réalités du terrain.

Pour les plus « gros » clubs, une difficulté à entrevoir (peut-être) l’avenir: le futsal n’est pas un investissement rentable pour ces présidents de D1/D2 qui n’ont pas de retours sur investissement: pas de droits télé, pas de retour de merchandising, gains de billetterie difficile à envisager dans des gymnases installés dans des zones paupérisées. A ces clubs en particulier, il est faudra de la solidité (et de la foi) pour continuer à rester indépendants de ces quelques clubs à 11 qui pourraient rapidement investir le futsal, dans cette galaxie futsal FFF qui se dessine et se construit (aussi) pour les accueillir à court et moyen terme.

La « petite cacahuète » ne suffira plus

Il faudrait se pencher sur la part des maigres subventions publiques dans le budget total d’un club de régional, par exemple. Elles ne suffiront plus à être compétitif, face aux clubs à 11 qui auront leur section futsal. Des clubs, qui eux, auront les moyens de leur ambition. Triste loi du plus fort. Une « petite cacahuète donner à sucer » comme subvention annuelle pour calmer la « délinquance du coin », et les clubs de futsal sont souvent condamnés à ne faire que quémander chaque année la « bonté » d’un maire qui n’y connait pas grand chose, et ne voit aucun avantage à ce que son club soit compétitif. La politique du dédain et du mépris. Une cacahuète contre des heures de garderie. Plutôt qu’à développer réellement des projets ambitieux, c’est la course à la subvention publique, alors que l’ambition ne manque pas, justement. Baser un projet sur le seul apport de collectivités est une grave erreur. Et cela use.

La passion ne fait pas tout. Si l’on ajoute à cela le kebab du coin, le sponsor de toujours, qui ne pourra plus apporter son soutien (« Covid » oblige hein?), ou les plus grandes entreprises du coin, fièrement du terroir, qui n’aideront que les clubs « du terroir » déjà les plus riches (rugby, handball, twirling), on peut bien comprendre la tentation des présidents de clubs de futsal de vouloir franchir le pas du rapprochement avec le club à 11. Personne ne leur en voudra.

Si le syndrome du président futsalix existe, bien plus fan de football que de futsal, on ne peut être condamné à croire que la seule contemplation aveugle du club de foot pro du coin explique la volonté de ces présidents à vouloir « brader » à tout prix une histoire, un vécu, un projet. Cela serait trop simple.

Un pas à franchir pour permettre la compétitivité ?

Un pas à franchir difficile, surtout lorsque l’on sait qu’un joueur formé qu’au foot depuis son jeune âge n’est pas forcément synonyme d’avantage et de plus-value pour un club de futsal spécifique (que les clubs à 11 se rassurent). Si le pas est franchi, il faudra juste éviter que ce futsal devenu « section futsal dans un club de foot » ne devienne pas qu’une « simple » porte de secours pour les « refoulés des centres de formation ». Un vœu pieux réalisable.

Encore faudra t-il avoir bien conscience des différentes manières de collaborer, afin d’assurer à ce futsal du futur – version FFF – un minimum de décence: celui de ne pas devenir du football. Le tout en faisant passer un message simple aux dirigeants des clubs de football: oui, le futsal pourra être utile à la formation des jeunes footballeurs -pourquoi pas -, mais devra garder son essence-même: un sport à part entière, avec un développement et des valeurs qui lui est spécifique, son propre parcours de formation de jeunes futsaleurs, aussi destiner à nourrir une équipe de futsal élite. Un vœu pieux réalisable également.

Pour les clubs de foot à 11 (pour ceux qui joueront le jeu), une manière de se diversifier, entre urban foot et e-foot, avec l’espoir d’une professionnalisation du futsal version FFF. Plutôt qu’à développer seuls leur section et « perdre des années » à monter, le choix de se diriger vers un club existant. Cela s’entend et reste respectable, quand fait dans les règles de l’éthique.

S’ils se laissent trop aller et ne saisissent pas les enjeux de l’évolution actuelle du futsal, le choix de rejoindre un club à 11 (ayant plus de moyens) pourrait n’être que la seule solution pour fréquenter la D1 et la D2 nationale, voire même en R2 régionale. C’est en tous cas le choix de la facilité pour les clubs spécifiques qui ne réagiront pas, dans un contexte de refonte future (??) des championnats et de l’éclosion probable de plus en plus de clubs à 11 professionnels.

Aucune opprobre donc, pour les clubs de futsal qui ne sauront innover et réagir, et qui établiront ce rapprochement avec le football donc. Ils pourront tout aussi bien rester indépendants, en poursuivant leur propre voie de développement, ou bien innover, loin des sentiers tout tracés qu’on leur propose, vécus par beaucoup comme une fatalité. Si le rapprochement avec d’autres structures reste la seule option pour que le club de futsal puisse survivre ou se développer, pourquoi ne pas aussi l’envisager avec des clubs en salle hors football ? Basket, volley, handball… Et pourquoi pas ? Innover, cela pourrait tout aussi bien être de nouveaux modèles à construire…

Lorsque l’on parle de rapprochement, encore faut-il en distinguer les multiples formes qu’il pourrait revêtir dans les faits. La méthode la plus « simple » et la plus communément admise est peut-être l’absorption. Peut-être pas la meilleure? A chacun de juger.

Le rapprochement menant à l’absorption: la nécessité de la confiance

DEFINITION: Disparition administrative et structurelle du club de futsal en tant que tel (plus de numéro d’affiliation FFF) et un transfert complet de ses activités, moyens et ressources vers le club à 11.

Si on a la nomme parfois « fusion » par délicatesse, toute fusion peut souvent révéler de vrais enjeux de pouvoirs entre le « gros » club de foot et le »petit » club de futsal, et laissera le plus souvent place à l’absorption, « modèle » factuel qui l’emportera sans doute en France. Si l’absorption peut être réussie, celle-ci peut parfois être synonyme d’un « bazardage » pure et simple du passif du club de futsal, quand mal appréhendée. Le club de foot, « plus gros » et qui a le plus de moyens, sera « celui qui absorbe ». Logique direz-vous. Au président et adhérents du club de futsal spécifique qui se feront « absorber », il faudra un bel enthousiasme, de la résilience et beaucoup de confiance pour placer leur destinée en la personne des dirigeants des clubs de foot à 11 qui sont en place. Le risque de ne pas avoir de réelle garantie sur ce qu’adviendra le projet futsal mis en place depuis des années.

Cela n’échappera à personne: de nombreux exemples de clubs spécifiques de football féminin qui ont été absorbés par le passé existent. Après quelques mois d’absorption: des effectifs décimés, des coachs et des dirigeants historiques virés, des valeurs disparues, alors que la photo de famille de départ laissait pourtant présager le meilleur. « Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ». No pain, no gain. Tu joues, tu peux perdre. Voilà pour le tableau le plus pessimiste: celui du club à 11 ne prenant pas en compte les spécificités de la discipline, voulant simplement se diversifier sans réel prise de recul.

La vraie fusion réussie, ce n’est que dans Dragon Ball ?

Si les exemples vertueux et réussis existent (citons l’AC Ajaccio), nombreux sont ceux qui sont aujourd’hui rongés par le regret. On taira les quelques exemples d’échecs, en futsal ou en football féminin -justement-, de peur de raviver certains traumatismes. Au sein du club à 11, l’absorption pourra fonctionner à condition de mettre à la barre ce qui aura fait le succès du club de futsal spécifique: l’activité futsal gérée par ceux qui la connaisse le mieux, et la prise en compte de valeurs spécifiques au futsal. S’il n’y a pas de gêne à ce que le club à 11 affiche ouvertement son intérêt « chiffré » pour l’activité futsal (sécurisation en termes de vivier de joueurs issus de la préformation, retombées économiques quand elles existeront avec retour sur investissement), la prise en compte des équipes en place du désormais ex-club de futsal spécifique ne pourra n’être que le signe de la considération de ce noble sport.

Le projet de l’AC Ajaccio, qui a absorbé le Futsal Club Alata. Un projet réussi et une équipe futsal en D2 (source: ACA).

Pour résumer, l’absorption (que nous préférons au terme « fusion ») sera une bonne solution si elle est bien pensée, concertée et avec des objectifs clairement définis. La nécessité de la confiance. Il n’y aura aucune raison d’avoir peur des clubs de foot, et notamment pro, si ceux-ci optent pour l’éthique et la bienveillance afin de se faire une place en futsal, au risque d’entrainer une méfiance et un déficit d’image dans le cas contraire.

Lorsque absorption et nouvelle section de futsal seront créés au sein du club de football, il faudra aussi choisir et distinguer la forme d’absorption et son fonctionnement au quotidien: soit la section autonome/indépendante au sein d’une association de football (avec son propre bureau, membres votants, règles électives et budget propre), ou un simple pôle futsal intégré sans autonomie et sans section propre (au sein d’une SASP ou une association), directement sous l’autorité du président de l’association du club de foot, du président ou directeur de la SASP.

Quelques conseils aux clubs de futsal intéressés par l'absorption: 
1) être un intime du directeur sportif du club à 11/président est un bon point de départ. Il vous la "fera pas à l'envers".
2) Voir si le club ne traine pas une réputation sulfureuse est un autre indice. Y'a t-il un passif en termes d'absorption qui aurait mal tourné (voir féminines, beach soccer ...).
3) Une petite étude du discours est également un bon signe et pourra vous faire fuir: "vous êtes un club de R2, on veut vous absorber que pour aller plus vite", ou "j'ai quelques éléments du centre de formation qu'on veut pas virer". Si vous entendez cela, fuyez! 
4) Rédiger un protocole d'accord clair, permettant aux dirigeants du club de futsal spécifique d'intégrer la direction "futsal" du club à 11, avec éventuellement la modification des statuts et/ou du règlement intérieur, et des règles d'élections démocratiques.
5) Note spécifique aux clubs pro à 11: intégrer l'association ou la SASP? Intégrer l'association restera moins risqué. Le choix de la SASP impliquera nécessairement salaires de joueur, CDI pour les dirigeants, why not ?

Le rapprochement menant à la gestion sportive déléguée

DEFINITION: Le club de futsal spécifique, tout en ayant une personnalité juridique à part (son propre numéro d’affiliation), devient la propriété du club de foot à 11, qui en préside la destinée, tout en lui laissant une gestion sportive déléguée propre à la discipline.

Le modèle de la « gestion sportive déléguée » est une solution amenée à être peu utilisée. Non seulement car il est peu connu, mais aussi non reconnu statutairement par la Fédération Française de Football.

Le principe est plutôt simple: en se rapprochant, le club de futsal spécifique, qui devient la propriété du club à 11, continue d’exister en tant que structure juridique à part (associative par exemple) et l’équipe en place reste garante du développement de ses activités futsal. Comme si à l’intérieur d’un même groupe existait une entité pour le football, une autre pour le futsal. Si le club de futsal appartient désormais au club à 11, la gestion y est laissée aux acteurs historiques du club de futsal, avec un contrôle du club à 11 basé sur la délégation.

Le rapprochement menant à la filiation officielle

DEFINITION: Le club de futsal spécifique continue d’exister et garde sa personnalité juridique à part (son propre numéro d’affiliation), sans devenir officiellement la propriété du club de foot à 11, mais avec une représentation effective au sein du club à 11. Le club de futsal partage l’image du club, tout en établissant des liens étroits et privilégiés en matière de projets structurants, de formation (jeunes).

Avec ce modèle, le club de futsal continuer d’exister mais devient représentation officielle du club à 11 en matière de futsal, en lui apportant son savoir-faire et son expertise.

Le club de football à 11, qui deviendrait un « investisseur » grâce à un budget alloué au club de futsal (sponsoring), permettrait au club de futsal un accroissement de ses moyens, un réel gain en termes d’images (rayonnement médiatique). Pour le club à 11, une sécurisation en termes de vivier de joueurs (issu de la préformation/formation du club de futsal) et un apport concret par le club de futsal dans sa formation/préformation par exemple (ateliers futsal pour les plus jeunes, organisation de séances spécifiques).

Dans le cas de la filiation officielle, le club de futsal spécifique, même si indépendant administrativement, et nécessairement lié par un contrat (convention) avec le club à 11, ce dernier étant représenté dans sa gestion (représentant au sein du Conseil d’Administration). En termes de visibilité au grand public, il pourra adopter (mais pas nécessairement) l’image du club à 11: même nom, même couleurs, même maillot. La filiation officielle apparaîtra néanmoins à minima sur tous ces outils de communication.

Cas très particulier: certains clubs de futsal sont l’émanation de clubs de supporters de clubs de foot à 11, ou issus de communautés d’expatriés établis à l’étranger (quelques cas en France avec les communautés portugaises), qui restent de l’anecdotique, plutôt que d’une véritable stratégie mise en place (avec ou sans représentant du club à 11 en leur sein).

Le rapprochement menant au partenariat officiel

DEFINITION: Le club de futsal spécifique continue d’exister et garde sa personnalité juridique à part (son propre numéro d’affiliation). Le club à 11 devient partenaire financier du club de futsal, ce dernier développant pour lui, régulièrement ou pas, des activités futsal pour les petits footballeurs sur herbe.

Avec ce modèle, les deux entités sont liés par contractualisation. Le club de futsal spécifique, qui garde son indépendance, participe clairement à la formation des jeunes footballeurs du club à 11 (en préformation via des ateliers quotidiens par exemple) et/ou pourra éventuellement fournir un débouché pour les jeunes futsaleurs redirigés dès leur jeune âge du futsal vers le football (jeunes en préformation formés en double-pratique jusqu’en U13 par exemple).

Dans un autre sens, le club à 11 pourra éventuellement avoir la primauté sur le recrutement de certains éléments issus du club de futsal spécifique non retenu par ce dernier; le club de futsal spécifique bénéficiant par la même d’un soutien financier pour son développement (ou du club de futsal si celui-ci est plus structuré). Marqué notamment par la volonté commune de mettre en place la double pratique jusqu’en U13, ce modèle reste à notre sens le modèle le plus vertueux de l’ensemble des parties, un modèle « non-agressif »(sans prise de contrôle), respectueux de l’histoire de chaque partie, sans enjeux de pouvoir, pour le bien des plus jeunes, notamment.

Un « partenariat officiel » pouvant clairement être décliné en fonction des envies de chacun. L’exemple d’un projet en cours entre un club de foot pro qui aura ses 2 équipes futsal séniors issus d’un club de futsal spécifique; club spécifique qui ne garderait que la formation de ses catégories jeunes futsal (de U6 à U15) nous a été dernièrement remonté, le tout avec des ateliers futsal commun entre les jeunes des 2 clubs identifiés dans le temps (vacances scolaires)…

Un autre projet ne mettait en commun que la double-pratique au niveau des jeunes, le club de futsal gardant ses équipes U15 à séniors, et même chose côté club de football. Encore une autre déclinaison du partenariat officiel. Affaire à suivre.

Le partenariat de sponsoring

DEFINITION: Un club de football investit dans un club de futsal existant, au travers d’un sponsoring d’image permettant le développement de projets extra-sportifs.

Si ce modèle existe en Europe pour certains clubs, il n’est à notre sens pas prêt à se développer dans notre pays. Le principe en est simple: le club de football (professionnel) devient l’un des sponsors (principal ou non) d’un club de futsal spécifique, en vue de soutenir un club voisin et pour promouvoir son image (objectif de publicité). Ce concours financier, en dehors de toute contrepartie sportive apparente (formation, recrutement), peut être motivé pour une simple recherche de visibilité (promotion de l’image d’un club pro dans des quartiers par exemple), par des projets spécifiques (sociaux, culturels) ou par pur altruisme apparent.

Plusieurs exemples existent, notamment en Espagne, avec le CA Atletico Osasuna Magna (Xota Futbol Sala) notamment, club basque de 1a LNFS, qui aura conclut en mai 2017 un accord de collaboration mutuelle avec le Club Atletico Osasuna, club bien connu évoluant en Liga de football (LFP). Le club de futsal basque (ci-dessous en vert), s’était engagé en mai 2017 à porter les couleurs du club de foot à l’extérieur et fait figurer le logo du club de foot sur toutes ces tuniques; le club de football versant en échange une somme de 112 000 euros par saison de parrainage. « Un contrat de publicité propre à l’Espagne, « qui a aussi posé la possibilité d’un projet futur de fusion entre les 2 clubs, bien que devant être approuvée par les socios d’Osasuna » (source). Le deal était simple: en échange d’un apport financier, le club de futsal ayant été en difficulté, Xota devra « promouvoir la marque Osasuna »(source) . Visionnaires ces espagnols. Un prélude à une fusion absorption ?

Osasuna Magna Xota, face à la section futsal d’un club de foot, Levante (source: Lnfs)

Quid du développement sans les clubs de football?

Le modèle des clubs de futsal français spécifiques évoluant en FFF, pour ceux souhaitant en tous cas viser la D1/D2 voire rester en R1, devra nécessairement évoluer et se réinventer, au risque de n’avoir effectivement comme solution que celle d’un rapprochement avec des clubs à 11, et notamment pro.

Exit le modèle de club « vivotant » chaque année grâce à des subventions publiques ou l’apport financier personnel illogique d’un président beaucoup trop passionné. Il faudra passer le cap fatidique de considérer (aussi) son club comme devant enfin fonctionner telle une entreprise rentable (toute proportion gardée), et pas que comme un projet associatif tourné vers le seul côté social. Savoir engranger plus de recettes que de charges. La marche nécessaire vers une plus grande professionnalisation. Elémentaire.

Parmi les pistes que devront travailler ces clubs: trouver des partenariats avec de grands groupes privés (avec aussi la solution du naming), développer leur billetterie, accélérer la publicité et la communication amenant à plus de merchandising, susciter la revente des droits télé (à quand une association de clubs faisant du lobbying?). Agir et ne pas juste attendre des collectivités, de la fédération. Si le paradigme du club de futsal spécifique assisté par son « droit » aux subventions publiques ne change pas, le rapprochement avec les clubs de football, plus puissants financiers, devra être la règle. La passion ne suffira plus pour recruter, former, être attractif. Il faudra être compétitif financièrement.

Si l’apport de quelques clubs à 11 professionnels dans l’élite pourra être un réel atout pour dynamiser le futsal FFF, le risque serait un paysage futsalistique français uniforme et monotone, avec un seul modèle qui serait la norme. Or, c’est dans la diversité des modèles que le futsal français pourrait tirer sa réussite, comme en Espagne (clubs spécifiques, sections futsal de clubs à 11, sponsoring…). Chaque modèle nourrissant l’autre de ses réussites et échecs.

Les clubs de futsal spécifiques feraient bien de s’inspirer de l’évolution de la D1 Féminine. Une simple comparaison entre les clubs présents depuis la création du premier championnat féminin, jusqu’à aujourd’hui, devraient les pousser à faire évoluer leur modèle actuel, ou du moins à s’organiser à très court terme pour trouver mutuellement de nouvelles sources de financement. Pour que le futsal, comme les féminines, ne courent pas le risque de devoir un jour subir les frais de n’être que de simples variables d’ajustement dans des projets de clubs à 11 où le foot masculin restera toujours la priorité. Quelle section sacrifier en cas de difficuté financière du club à 11, le choix serait vite vu, n’est-ce pas ?

Les clubs de futsal spécifiques feraient aussi mieux d’étudier l’exemple des clubs espagnols de la LNFS espagnole, qui dès 1989, n’auront pas attendu leur fédération pour négocier leur droit télé. Exemple à méditer pour assurer le modèle du « club spécifique futsal indépendant » .

Pour conclure, faut faire quoi?

L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt, dit-on. Quelque soit le(s) choix de chacun, l’essentiel est, à notre sens, de bien saisir toutes les opportunités qui s’offrent à chaque club, en toute connaissance de cause. Ne pas ignorer l’évolution en cours de la discipline version FFF. La diversité des solutions, la liberté d’agir à sa guise, ne pas se laisser imposer des modèles limités et préétablis, c’est ça qui est beau. Le plus important reste de pouvoir avoir les moyens de ses ambitions et d’opter pour le chemin de manière choisie, non imposée par la force des choses. Anticiper, innover. Plusieurs modèles, plusieurs stratégies. Pas facile d’établir toutes les formes que pourraient prendre un rapprochement entre clubs de foot et spécifiques futsal. Tout comme celle du club de foot voulant créer seul sa propre section de futsal n’a pas été abordée. MadeinFutsal aura simplement tenté, dans ce modeste (et long) article, de proposer un début de simple réflexion qui pourra servir au plus grand nombre. Un article sans doute incomplet mais passionné. L’essentiel est que, pour tous, subsiste la passion, justement. Vive le futsal, tous les futsals, quel qu’en soit la(les) forme(s).


Ressource à télécharger, pour une meilleure réflexion:

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